La spiritualité de Marguerite d'Youville

La spiritualité de Marguerite d’Youville s’inscrit dans le courant de la réforme du catholicisme en France au XVIIème siècle. Plusieurs mystiques et théologiens sont issus de ce mouvement, dont saint Jean-Eudes, saint Vincent-de-Paul et Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Les membres de cette compagnie sont seigneurs de l’île de Montréal depuis 1659. Ils sont responsables de la paroisse Notre-Dame. L’un d’eux, Louis Normant de Faradon devient le conseiller spirituel de Marguerite d’Youville à la suite de Gabriel du Lescöat.

En 1727, comme plusieurs dames de Montréal, Marguerite d’Youville intègre la Confrérie des Dames de la Sainte-Famille. Selon ses biographes, c’est à cette époque qu’elle vit une rencontre mystique avec Dieu, le Père Éternel. Elle est souvent seule et vit le deuil de trois de ses enfants. Peut-être qu’elle se souvient des paroles de son bisaïeul Pierre Boucher : « Dieu aura soin de vous et vous servira de père ». Toute sa vie, Marguerite d’Youville a une dévotion et une confiance en Dieu le Père ainsi qu’en la Divine Providence. En 1766, elle écrit : « Le Divin Père fait l’objet de toute ma confiance depuis près de quarante ans ».

Cette confiance en la bonté de Dieu et en sa justice pour tous va lui permettre de réaliser une œuvre dont l’ampleur étonne même aujourd’hui, si on considère qu’elle a jeté les bases des services sociaux et communautaires que nous connaissons aujourd’hui dans notre société. Dans un ouvrage récent, sœur Estelle Tardif s.g.m, interprète de la façon suivante la pensée de Marguerite : « Le cri des pauvres ne lui arrive pas seulement de l’extérieur. Il surgit d’elle-même, pauvre parmi les pauvres. Femme de silence, elle vit en profonde communication avec la paternité de Dieu et entend le pauvre sans qu’il crie. Pour elle, le plus pauvre est celui qui a le plus besoin de Dieu pour devenir un homme ou une femme. Son rêve : « libérer le plus pauvre dans une rencontre de pauvre à pauvre. Le libérer en lui apprenant, par le service, qu’il est aimé ».

Marguerite d’Youville a laissé à ses contemporains et aux générations à venir un héritage spirituel marqué par une compassion sans bornes pour les pauvres et par une foi inébranlable en Dieu-Père et en sa Providence. Son exemple demeure à jamais une source d’inspiration pour ceux qui travaillent à l’avènement d’une civilisation d’amour et de justice.

Le Père Éternel

Suite à une promesse faite par Marguerite pour obtenir la guérison de son conseiller spirituel, Louis Normant de Faradon, p.s.s., et à la demande d’une de ses compagnes qui souhaite voir une représentation du Père Éternel, elle commande en France un tableau représentant le Père Éternel.  En notre siècle d’images, cette demande peut sembler un peu naïve, mais à cette époque, l’illustration servait au recueillement des membres de la petite communauté.

Le Père Éternel
Le Père Éternel
Attribué à l’Atelier de Jean Jouvenet
Avant 1741
Collection des Soeurs Grises de Montréal 1974.A.100

La Divine Providence

Pour Marguerite, Dieu est un Père sur lequel elle peut compter. Le nom donné à ce Dieu qui prend soin de nous, c’est Dieu Providence, ou la Divine Providence. Cette qualité par laquelle Dieu manifeste son aide dans le concret de nos vies par des intermédiaires attentifs à la cause des pauvres, des petits.

Cette foi en Dieu Providence rendra Marguerite audacieuse dans son choix de vie. Contre vents et marées, elle maintiendra le cap sachant que l’aide de Dieu lui est assurée puisqu’elle recherche le bien des pauvres. Elle en témoigne fréquemment.

« La Providence est admirable, elle a des ressorts incompréhensibles pour le soulagement de ses membres, elle pourvoit à tout, en elle est ma confiance ».
17 octobre 1768

« Dieu soit béni, la Divine Providence pourvoit à tout, toute ma confiance est en elle ».
21 septembre 1771