Ses paroles

Les Archives des Sœurs Grises de Montréal conservent plusieurs lettres écrites par Marguerite d’Youville puisqu’elle conservait une copie des lettres qu’elle envoyait. Une partie de ses lettres concerne la célèbre querelle épistolaire qu'elle a entretenue avec l’intendant Bigot qui voulait fermer l’Hôpital Général de Montréal et déplacer les bénéficiaires à Québec.

Tout au long de ses lettres, Marguerite défend son hôpital avec beaucoup d’intelligence et de détermination. Elle répond à tous les arguments de Bigot qui conteste les sommes qui ont été investies dans la rénovation de l’hôpital et dans l’entretien des pensionnaires. On sent ses connaissances en tant qu’administratrice et sa détermination à sauver son œuvre.

Lettre à l’Intendant Bigot

« Vous me faites l’honneur, Monsieur, de me marquer que j’aie à faire ensemencer les terres avant de les livrer aux religieuses de Québec. Je puis vous assurer qu’en entrant je n’ai point trouvé les terres ensemencées, ni une raie de guéret faite ; c’est moi qui les ai fait faire et semer : ainsi, Monsieur, je ne suis tenue qu’à laisser les choses comme je les ai trouvées. »
16 février 1751

Une autre partie des lettres s’adresse à ses procureurs en France qui tentent de recouvrer l’argent prêté au Roi pendant la Guerre de Conquête. Elle écrit aussi aux membres de sa famille qui sont retournés en France. Il y a beaucoup d’humanité dans ses paroles.

Lettre à sa nièce Josephte Gamelin

« Donnez-nous donc de vos nouvelles et de celles de vos chères filles, c’est la seule consolation, dans l’abandon que la France fait de nous, d’avoir des nouvelles de nos amis ».
23 juillet 1763

C’est par ses lettres que l’on connaît le mieux sa spiritualité et sa compassion pour les démunis.

« Ma pauvreté est extrême, Seigneur. Des biens de ce monde, je n’en dispose pas, mais je me donnerai moi-même ; mon temps, mon travail. Je sèmerai peu, il est vrai, mais votre miséricorde me fera récolter infiniment ». 1727

« Le Divin Père fait l’objet de toute ma confiance depuis près de quarante ans ».
12 octobre 1766

« La Providence est admirable, elle a des ressorts incompréhensibles pour le soulagement de ses membres, elle pourvoit à tout, en elle est ma confiance ».
17 octobre 1768

« Dieu soit béni, la Divine Providence pourvoit à tout, toute ma confiance est en elle ».
21 septembre 1771

Parfois, on la sent un peu dépassée par les événements, mais jamais découragée.

« Il y aurait bien du bien à faire si nous avions de quoi. Il se présente tous les jours des pauvres qui ont un vrai besoin. Nous n’avons plus de logement, et j’ai le cœur bien gros de les renvoyer, mais il faut bien le faire. (…) Si je savais où il y en a autant et que je les puisse prendre sans voler, j’aurais bientôt fait un bâtiment qui en logerait près de deux cents, mais je n’ai rien ».
22 octobre 1769